Du carburant aux récoltes, comprendre ce qui influence réellement le prix de notre assiette
Depuis quelques années, faire l’épicerie coûte incontestablement plus cher. Même si la hausse des prix commence à ralentir sur certains produits, le sujet de l’inflation alimentaire est loin d’avoir disparu.
Au Canada, les prix des aliments achetés en magasin étaient encore 2,8 % plus élevés en août 2026 qu’un an auparavant. Plus frappant encore : ils ont augmenté d’environ 29 % en seulement cinq ans.
Alors, à quoi peut-on s’attendre pour les prochains mois? Pour le comprendre, il faut regarder bien au-delà des tablettes de l’épicerie.



1. Le prix du carburant voyage jusque dans notre assiette
On ne pense pas nécessairement au prix de l’essence lorsqu’on achète des légumes ou un morceau de viande. Pourtant, l’énergie intervient à plusieurs étapes avant qu’un aliment arrive dans notre assiette.
Les producteurs agricoles utilisent du carburant pour leurs équipements. Les aliments doivent ensuite être transportés vers les transformateurs, les distributeurs, les épiceries, les restaurants et les traiteurs. Certains produits parcourent même des milliers de kilomètres.
Lorsque le carburant augmente fortement, une partie de ces dépenses supplémentaires finit donc par circuler dans la chaîne alimentaire.
La situation mérite particulièrement d’être surveillée cet automne. En août 2026, le prix de l’essence au Canada était 22,8 % plus élevé qu’un an auparavant.
Cela ne signifie toutefois pas que les aliments augmenteront automatiquement dans les mêmes proportions. Le carburant ne représente qu’une partie du coût final d’un aliment. Mais lorsque l’énergie demeure chère pendant plusieurs mois, la pression finit par se faire sentir à plusieurs niveaux.
2. Les engrais : un coût invisible, mais essentiel
Avant même qu’un légume pousse, il faut déjà investir pour le produire.
Semences, machinerie, main-d’œuvre, irrigation et engrais font partie des nombreuses dépenses assumées par les producteurs agricoles. Le prix des fertilisants est particulièrement important puisqu’ils sont essentiels au rendement de nombreuses cultures.
Leur fabrication est également liée au marché mondial de l’énergie, notamment parce que le gaz naturel joue un rôle important dans la production de certains engrais azotés.
Les tensions géopolitiques, les perturbations du commerce international et le prix de l’énergie peuvent donc avoir des conséquences jusque dans les champs canadiens.
Il faut toutefois éviter de simplifier la situation : une augmentation du prix des engrais ne se transforme pas directement en augmentation équivalente à l’épicerie. Le gouvernement canadien estime d’ailleurs que le carburant et les engrais représentent généralement une petite partie du prix final de la plupart des aliments.
Ils demeurent néanmoins deux éléments importants à surveiller lorsqu’on cherche à comprendre l’évolution des coûts alimentaires.
3. La météo devient une variable de plus en plus importante
Sécheresses, pluies excessives, chaleur extrême ou mauvaises récoltes peuvent rapidement réduire l’offre d’un produit et faire grimper son prix.
Le phénomène est particulièrement visible avec les aliments importés. Le café, le cacao et plusieurs fruits et légumes dépendent de récoltes réalisées à des milliers de kilomètres du Québec.
Une mauvaise saison dans une grande région productrice peut donc éventuellement se faire sentir dans notre panier d’épicerie.
La situation canadienne n’est pas complètement à l’abri non plus. Les perspectives agricoles pour 2026-2027 demeurent relativement bonnes pour plusieurs grandes cultures, mais Agriculture et Agroalimentaire Canada souligne que les conditions météorologiques et les incertitudes commerciales mondiales continuent de représenter des facteurs importants.
Dans les prochains mois, la météo restera donc l’une des grandes inconnues derrière le prix de certains aliments.
4. Transport, emballage et main-d’œuvre : tout s’additionne
Entre la ferme et notre assiette se trouve toute une chaîne que l’on oublie facilement.
Un aliment doit parfois être lavé, transformé, emballé, réfrigéré, entreposé et transporté plusieurs fois avant d’arriver au consommateur.
Chacune de ces étapes possède ses propres coûts.
En 2026, certaines matières utilisées dans les emballages ont elles aussi connu des hausses. Les données de Statistique Canada montrent par exemple des augmentations pour plusieurs produits de plastique utilisés dans la transformation et l’emballage alimentaire.
La main-d’œuvre constitue également une dépense importante pour les producteurs, les transformateurs, les distributeurs, les restaurateurs et les traiteurs.
Au Poêlon Gourmand, cette réalité se voit directement dans la préparation des événements. Le coût d’un menu ne dépend pas seulement du poulet, des légumes ou des pommes de terre dans l’assiette. Il faut considérer l’ensemble de ce qui permet de préparer, transporter et servir un repas à un grand nombre de personnes.
C’est cette accumulation de petites dépenses qui explique pourquoi les prix alimentaires peuvent continuer à progresser même lorsque le prix de certains ingrédients se stabilise.
5. Alors, faut-il s’attendre à une nouvelle explosion des prix?
Pour l’instant, les données ne suggèrent pas nécessairement un retour aux fortes hausses généralisées observées au début des années 2020.
Il y a même quelques signes encourageants.
En août, l’inflation alimentaire canadienne a ralenti à 2,8 %, contre 3,1 % en juillet. Pour la première fois depuis juillet 2024, les prix à l’épicerie augmentaient moins rapidement que l’inflation générale.
Mais ralentissement ne signifie pas baisse des prix.
Un aliment qui augmente de 10 %, puis de seulement 2 % l’année suivante, continue malgré tout de coûter plus cher. C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles plusieurs consommateurs ont encore l’impression que leur facture d’épicerie demeure élevée.
Pour les prochains mois, il faudra donc particulièrement surveiller le prix de l’énergie, les récoltes, les engrais, le commerce international et les conditions météorologiques.
L’alimentation est finalement le résultat d’une immense chaîne qui commence bien avant notre passage à l’épicerie.
Du champ au camion, de l’usine à la cuisine et finalement jusqu’à notre assiette, chaque étape possède un coût. Et comprendre cette chaîne permet aussi de mieux comprendre pourquoi quelques dollars supplémentaires à la pompe ou une mauvaise récolte à l’autre bout du monde peuvent éventuellement se retrouver… sur notre facture d’épicerie.
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